Dans le souffle du souffle, abreuvée à la source et à ta bouche, enveloppée dans la tendresse absolue, extasiée et ouverte en quatre comme une orange bleue, comme un fruit mûr défendu – nue – échevelée en quartiers éparpillés, je me tiens là dans le brasier. Étendue au delà du possible par l’Amour, je suis là, je me tiens dans le feu du cœur. Avec toi.
Bouleversée, rendue à ma vulnérabilité totale, sans compromis, désarçonnée par l’évidence, je rends toute les guerres et toutes les armes, les costumes, les rancunes et les offenses; je n’en ai pas l’usage où je me tiens là – à genoux – sous le trésor du sublime, déposé comme un baume sacré sur moi. Fébrile, je pleure par habitude. Sans repères, je ne sais faire autre chose que cela. Face à l’inconnu que j’ai toujours su. Je me tiens dans le feu du cœur. Avec toi.
Des larmes de joie et de tristesse hurlent en moi le soulagement, je me laisse faire et bénir, je frissonne – en transe – je ne sais plus rien mais je ressens. J’ai tout oublié du reste. Et je me tiens là dans le feu du cœur. Avec toi. Je ne suis plus rien et je me rencontre pour la première fois. Je palpite, je vibre. Tu me ranimes totalement pendant que ça me tue à ce qui n’est pas. Je suis changée. Diamant soleil, je rayonne. L’Amour me fait.
Au delà de l’émotion, juste après le ravage, le précipice et le naufrage; après l’avalanche où je péris, où je meurs de grâce, j’atteins les rives de l’Amour, au plis de la vague, je découvre l’océan infini et je flotte là. Dans le silence écrasant. Tout près de toi. Tout s’ouvre.
Contre le feu de ta poitrine, embrasée à la pulpe de tes doigts, je me rencontre infiniment à travers ton Amour.
Sans le vouloir, sans chercher à le faire, après le roulis, le liquide, le mouillé et l’humide; le clapotement et le ballottement de la marée, j’atteins la terre sèche, solide, profonde, riche et fertile; dans le désert de la roche poussent les fleurs alchimiques, je suis en vie, je me tiens là, dans le feu du cœur. Avec toi.
Pénétrée par toutes les merveilles du ciel et de l’enfer, je suis allongée au creux de ton âme, dans son parfum il n’y a plus de mystère, plus de frontière, il n’y a plus rien et tout est plein. Je suis en paix. Je la goute. Il n’y a plus de question, plus de quête. Plus de doutes. Poussée à la limite, brulée jusqu’à l’incendie, incandescente, je suis là, chauffée au rouge vif, les mains et le corps en fusion. Et je me tiens dans le feu du cœur. Avec toi.
Assourdie puis emportée par les battements de ton cœur solaire donnant la mesure, je pars avec le mien, je perds conscience, j’oublie d’exister, il n’y a plus rien à part sa musique, je ne peux plus penser.
Ma respiration cesse, mes lèvres se soudent l’une contre l’autre comme l’on scelle deux mains dans une prière et l’air ne rentre plus mais je ne meurs pas pourtant, je respire avec le cœur. Dans ce brasier là, ce réacteur nucléaire, ce noyau vibrant qui inspire et expire à partir du chaos accouchant les univers, je m’oublie et me rappelle à la vie.
Dans ce feu, je ne suis plus que l’Amour, il n’y a plus rien d’autre. Du rien au tout. Du nous et eux. Du nouménal. Dans le feu du cœur où tout commence et tout fini. Avec toi. Je me tiens là dans le feu du cœur.
I AM.

Aurélia Delescluse, Fleurs de l’Une ©